LA REVOLTE DES MURS

La Rue est le lieu privilégié où se vérifie pour une société son degré de sécurité, de convivialité, son paraître et la vérité de son style de vie. Un tour du monde des rues, nous en dit plus, que toutes les conférences internationales sur la réalité des hiérarchies et de l'ordre, les aspirations et l'élan dynamique du  pays. Et c'est aussi dans la rue, quand "rien ne va plus" que se résolvent les contradictions.

Dans l'espace urbain les murs parlent. Ils sont non seulement les vitrines de l'offre et de la demande, les tribunes de l'information (les petites annonces et la presse ont commencé par être affichées) mais aussi des cris de protestation, de révolte et de rage des hommes, pensants, souffrants et volontaires. Ecrire sur un mur, par le graffiti, apposer un tract, composer une affiche sont des actes civiques conséquents. Ici, commence la frontière de la communication collective et le code des relations avec les autres.

En cette année du Bicentenaire de la Révolution l'Académie Nationale des Arts de la Rue et le Grand Prix de l'Affiche Française -dont le Jury, chaque mois, depuis vingt se réunit pour examiner la totalité des affiches paraissant en France, sélectionne la meilleure création, selon une grille sociologique et artistique et établit le dialogue avec les agences, les créateurs et les annonceurs-  se devaient de manifester leur intérêt pour les affiches révolutionnaires qui constituent le levain de la pâte sociale.

Alain Gesgon -collectionneur éminent de l'affiche politique et membre du Jury du Grand Prix de l'Affiche Française- avait déjà réalisé avec "les Affiches de la Révolution Française et du Souvenir" un ensemble historique remarquable aussi nous  sommes-nous fixé comme objectif de présenter un panorama de l'esprit révolté et révolutionnaire, à travers le monde, depuis 1789.

89 AFFICHES TEMOINS

C'est à la Bibliothèque Nationale, avec le concours précieux du Cabinet des Estampes dirigé par Laure Beaumont-Maillet, et la collaboration de Anne-Marie Sauvage,  que nous avons trouvé les documents représentatifs de ce vaste mouvement qui dynamise les cités et les états depuis deux siècles.

Nous présentons aujourd'hui un choix de quatre vingt neuf affiches -témoins de l'esprit de révolte à travers le monde. Chaque année, le "Salon International de l'Affiche" rassemble au Grand Palais 600 affiches de quarante pays, comme preuve de la qualité de l'invention plastique. En 1989, cependant que Maurice Béjart danse sous la célèbre verrière, sur une chorégraphie révolutionnaire, nous incitons les amis de l'affiche -à travers cette exposition réalisée en coproduction avec le Musée Galerie de la Seita, et sa conservatrice Monsieur Marie-Claire Adès- à enrichir leur mémoire du souvenir toujours vivant, des signes remarquables, des appels, des cris, des messages, qui ont constitué "les Murs de la Révolte" et qui incarnent la vérité de notre conscience au monde. : 1789 - 1848 - 1871 - avec la Commune en 1871 , la Résistance (1940-1944) ... jusqu'à l'imaginaire dynamique de Mai 68.

La Révolution Soviétique, la Guerre d'Espagne, le Printemps de Prague, les Guerres d'Indochine et du Vietnam, la lutte contre l'Apartheid, la Révolte du Zimbabwe, le Front du Polisario, la Palestine ... voilà une célébration de la défense des libertés que proposent les murs modernes, sur les thèmes de l'antifascisme, de l'anticolonialisme, de l'antiracisme, la liberté des consciences, les droits de la femme, la défense de l'écologie, la lutte contre la pollution nucléaire, jusqu'à "l'alerte au quotidien" contre les expulsions des pauvres locataires et la répression policière.

Au moment où l'on célèbre le 40e anniversaire de la Convention des Droits de l'Homme, cette manifestation des "Affiches de la Liberté" prend tout son sens, comme le souligne le choix du Comité d'Organisation Européen de la Fête des Arts, patronné par le Conseil de l'Europe, à Strasbourg, qui a inscrit l'exposition dans son programme itinérant à travers les grandes villes du Continent.

Le phénomène révolutionnaire est complexe et il ne faut pas tomber dans le piège de la modélisation, même si les typologies sont identiques, avec la misère, les antagonismes sociaux et les crises, en y adjoignant la maladresse des régimes, le degré de volonté des oppositions et l'effet des désordres devant la faiblesse du pouvoir.

Le mot de Labrousse "les révolutions se font malgré les révolutionnaires" est un principes de base et aujourd'hui la communication, l'information, la propagande sont les armes essentielles de l'événement révolutionnaire -d'où le rôle de l'affiche comme élément cristallisateur.

L'EXISTENCE SOCIALE DE L'AFFICHE

Depuis l'invention de la lithographie (en 1750) et l'alphabétisation, l'affiche a trouvé sa pleine expression communicative-avant même le développement des nouvelles techniques de l'imprimerie. Et on peut dire, que le grand signe caractéristique qui différencie les révoltes d'hier -celle d'Etienne Marcel, en 1366, les émeutes de Caboche en 1413, la Fronde, le soulèvement des Vendéens -et les révolutions.
modernes, c'est l'existence sociale de l'affiche qui mobilise, affirme et commande. Le "cri" de l'affiche devient une force qui permet d'apprécier le fond, la forme, le style, la puissance d'une dynamique révolutionnaire - comme un effer magnétique.

Depuis la Déclaration des Droits de l'Homme du 26 Août 1789 -précédée des événements qui l'ont rendue possible - 17 Juin le Tiers Etat devient Assemblée Nationale, abolition des privilèges le 4 Août- nous sommes invités à suivre, à travers l'affiche, l'expansion mondiale de cette merveilleuse utopie réaliste, dans ses relations avec la réalité. Les péripéties de la liberté devenue "journalière, pratique, usuelle" et dont le cycle planétaire est loin d'être achevé.

A travers les faits -dont témoigne cette petite histoire de l'affiche de la révolte- nous découvrons tous les paramètres de la "démocratie en acte" à la recherche de son statut et affrontant le plus haut niveau de contradictions sociales.

LE DROIT DE REGARD DE REGARD DANS LA RUE

Fourier a situé le concept, à l'extrême du possible, en écrivant : "le bonheur est d'avoir les maximum de passion et de pouvoir les satisfaire". Est-ce envisageable ?

Bakounine, anarchiste révolutionnaire, croyait, lui, que "tous les états, depuis qu'il en existe sur la terre sont condamnés à un lutte perpétuelle : lutte contre leur propre population qu'ils oppriment et qu'ils ruinent; lutte contre les états étrangers, dont chacun n'est puissant qu'à condition que l'autre soit faible, et comme ils ne peuvent se conserver dans cette lutte qu'en augmentant chaque jour leur puissance, tant à l'intérieur, contre leurs propres sujets, qu'à l'extérieur contre les puissances voisines - il en résulte que la loi suprême de l'état, c'est l'augmentation de sa puissance au détriment de sa liberté intérieure et de la justice extérieure.

Nous concluons aujourd'hui  -écrivait-il- à l'absolue nécessité de la destruction des états, où si l'on veut de leur radicale et complète transformation, dans ce sens que, cessant d'être des puissances centralisées et organisées de haut en bas, soit par la violence, soit par l'autorité d'un principe quelconque, ils se réorganisent -avec une absolue liberté pour toutes les parties".

Entre ces extrêmes, se situent les révolutions et les espérances, les relations entre l'idéal et les faits, qui se traduisent aussi sur les murs où le lyrisme  peut se marier aux vérités quotidiennes. Le dessin, le slogan, la proclamation, le graffiti, l'ironie, comme la rage, composent le véritable cinéma des rues révolutionnaires depuis 1789 (grande date de la naissance de l'affiche) reflétant notre nouveau caractère de citoyen du monde dont l'affiche est le droit de regard dans la rue, une sorte de bulletin de vote.

Dix sept articles le 26 Août 1789, puis trente articles le 29 Mars 1793 et enfin trente cinq, en Août 1793, les droits de l'homme et du citoyen s'affichent dans les lieux publics avec leurs gravures à l'eau-forte et au burin, comme document de référence.

C'est en pays libéré (et occupé) dans la bonne ville de Namur, que l'on peut recueillir les preuves du charisme révolutionnaire de 1789 et la force de persuasion des idées, dans les comportements. Quatre placards en disent plus qu'une long discours : respect de la propriété et des lois ..., apport du bonheur ... lutte contre le despotisme ... appel à l'élan généreux de l'esprit républicain, sont les principales données des propositions du Général Dumouriez. La réponse ironiques des opposants ne manque pas de sel mais n'exprime pas la vérité : la révolution a été un gain pour une majorité !

Les événements de 1848 apparaissent comme remarquables dans le domaine de l'affiche, par l'étalage de "la grandeur d'âme" des animateurs révolutionnaires.

Certes, c'est en 1789 que l'idée de bonheur collectif a fait son entrée dans le monde, comme une idée neuve, mais il a fallu attendre un demi-siècle, pour que le sentiment d'égalité devienne une véritable stratégie d'action, assimilant tous les ingrédients collectifs les plus opposés : la gloire et la propriété, l'empire et la république, la liberté et l'ordre.

1848 : OU LA GRANDEUR D'AME

Le 25 février 1848, Lamartine donne le ton de la Révolution en faisant acclamer le drapeau tricolore à l'Hôtel de Ville : "conservons avec respect, citoyens, le drapeau tricolore qui a fait le tour du monde avec la République et l'Empire, avec nos libertés et nos gloires". Il rejoint les vœux de Victor Hugo, qui fait afficher sur les murs de Paris, lors des élections un appel aux citoyens contre le drapeau rouge :
"Citoyens, sous le drapeau rouge cette République fera banqueroute.
Elle ruinera les riches sans enrichir les pauvres.
Elle anéantira le crédit et le travail.
Elle mettra l'Europe en feu et la Civilisation en cendres.
Elle fera de la France la patrie des ténèbres.
Elle décapitera la pensée.
Elle remettra en mouvement deux machines fatales qui ne vont pas l'une sans l'autre, la planche aux assignats et la bascule de la guillotine.
En un mot, elle fera froidement ce que les hommes de 93 ont fait ardemment. Et après l'horrible dans le grand, que nos pères ont vu, elle nous montrera le monstrueux dans le petit."
Les mots historiques rythment les péripéties sur les barricades où l'on recourt aux thèmes de solidarité : "Oserez-vous tirer sur vos frères !" Et lorsque les soldats font feu la stupeur est générale.

Le sentiment d'égalité, est une des lignes de force de l'espérance sociale, qui dicte les politiques de cette époque. On le voit par exemple dans la proclamation du maire de Montmartre du 26 Mars 48, fixant le principe de la distribution des armes aux citoyens, "même dépourvus" d'uniformes, car "une semblable préférence blesse le sentiment d'égalité".

"Je suis informé que dans quelques arrondissements et dans quelques communes de la banlieue, le nombre des fusils disponibles n'étant pas suffisant pour tous les gardes nationaux, on a armé, de préférence, ceux qui étaient pourvus de l'uniforme.
Cette mesure, il est vrai, n'a été prise par les municipalités qu'en vue d'encourager les citoyens à faire de l'uniforme pour que cette dépense ne retombât pas à la charge des communes déjà très obérées.
Toutefois une semblable préférence blesse le sentiment d'égalité.
Je vous invite en conséquence, pour la délivrance des armes aux citoyens à ne suivre d'autre règle que l'ordre des numéros d'inscription au registre matricule de la Garde nationale, sans aucune distinction entre ceux qui sont habillés et ceux qui ne le sont pas."

Nous sommes bien  à la source de l'esprit révolutionnaire de 1848.

TOUS LES HOMMES SONT FRERES

Mais si l'idéal est ferme, le combat est sanglant, le massacre du boulevard des Capucines suscite une levée de barricades -dont celle de la rue Saint Martin et les batailles des 22 et 24 Février. Ce sont les événements de cette mémoire cicatricielle qui inspireront quelques décennies plus tard à Haussmann, son urbanisme de grandes avenues,
dans les quartiers populaires, permettant à l'armée d'utiliser le canon en ligne droite, dans les cas de subversion.

En attendant le peuple ulcéré brûle le trône royal, après s'en être emparé aux Tuileries et organise une autodafé au pied de la colonne de juillet. De nombreuses gravures -une véritable "bande dessinée"- évoquent l'évènement. De même les actes de courage des citoyens inspirent les lithographes et galvanisent les souvenirs.

Le même principe "égalitaire -tous les hommes sont frères"- va inspirer les législateurs révolutionnaires qui vont décréter l'abolition de la peine de mort pour le délit politique, la création d'une commission de gouvernement pour les travailleurs, afin de prendre leur sort en charge, la mobilisation de la Garde nationale, la protection des immigrés et des églises (sans oublier le dégrèvement d'impôt pour les moins favorisés). L'événement qui a commencé avec l'exaltation du drapeau tricolore, s'achève sur cette appel lyrique : restons gaulois et gardons notre coq !

Le beau texte des propositions sur le Mont de Piété, pour la restitution des objets couvert par "des centimes d'humanité ajouté à l'impôt" est significatif d'un "état d'esprit".

La Commune, malgré la traversée de l'horreur, que représentent les massacres et les représailles dans les deux camps, est traversée par un souffle idéaliste et rationnel -appel à l'ordre, à la discipline, au patriotisme des révolutionnaires qui ont choisi "la liberté ou la mort".

Le 18 Mai 1871, la colonne Vendôme est abattue et ce "fait divers" révolutionnaire, provoque  une émotion européenne (comme le prouvent les nombreuses illustrations dans tous les pays). Avec l'incendie des Tuileries, immolant la Royauté et la destruction du symbole napoléonien, la Commune a voulu "frapper fort" pour montrer sa résolution. Le bel idéal des insurgés ne résistera pas, face à l'opinion publique, devant ces sacrilèges. La dimension culturelle prend soudain une importance nouvelle et devient une "donnée" politique.

LA REVOLUTION ROUGE : GALVANISER LES ENERGIES

A travers l'affiche la Révolution bolchevique à une allure martiale : soldat (à l'étoile rouge) doigt tendu, qui interpelle sur fond de locomotive et de cheminée d'usine -et le guerrier peut apparaître aussi bien, comme un ouvrier, un paysan ou un commissaire du peuple.

Arme brandie devant les chefs d'œuvre antiques proclamant la gloire de la patrie et les nécessité de sa défense -contre les barbares et les oppresseurs.

Baïonnette en avant, charge victorieuse ... c'est que l'ennemi est partout, aux frontières, comme à l'intérieur du pays (combattu par les régiments de Trotsky) et sous toutes les apparences, celles des bourgeois, des religieux, des hommes d'affaires. Il convient d'être en alerte et vigilant. Courage et audace sont les mots d'ordre de Lénine, le conducteur, le maître à penser, le guide. Ces affiches des temps héroïques ont le but de galvaniser les énergies de la révolte.

1936 : MOTS D'ORDRE SYNDICAUX

1936 a vu les protestations contre les "cadences infernales",  les "cartels", l'appel à la grève, l'immense espoir des loisirs -qui n'étaient pas encore une industrie, mais une nécessité vitale et correspondaient à l'évolution technologique et au progrès réel. Les mots d'ordre se font syndicaux plus que révoltés.

DROLE DE GUERRE

Avec la guerre nous allons pénétrer dans le cycle infernal de la violence, de la répression, et des réponses brutales de l'homme, acculé au pire et qui prend conscience avec son identité mutilée de la nécessité du combat. Les résistants sortent de l'ombre.

Encore humilié, après Munich, la France découvre que si "la mobilisation n'est pas la guerre" -selon la célèbre formule- elle introduit d'abord la rupture avec le quotidien, comme l'annonce l'affiche officielle :

"Par décret du Président de la République, la mobilisation des armées de terre, de mer et de l'air est ordonnée, ainsi que la réquisition des animaux, voitures, moyens d'attelage, aéronefs, véhicules automobiles, navires, embarcations, engins de manutention et de tous les moyens nécessaires pour suppléer à l'insuffisance des moyens ordinaires d'approvisionnement de ces armées.

Tout Français soumis aux obligations militaires doit, sous peine d'être puni avec toute la rigueur des lois, obéir aux prescriptions de son Fascicule de Mobilisation."

LA GESTAPO CONTRE LA RESISTANCE

A peine le temps de s'habituer au rythme de la drôle de guerre et c'est, après l'exode barbare, les avis placardés par la "Militärbefehlshaber" le 21 Août 1941 :

"Le 21 Août au matin, un membre de l'Armée Allemande a été victime d'un assassinat à Paris.
En conséquence j'ordonne :
1. A partir du 23 Août tous les Français mis en état d'arrestation quel que ce soit par les autorités allemandes en France, ou qui sont arrêtés pour celles-ci sont considérés comme otages.
2. En cas d'un nouvel acte, un nombre d'otages correspondant à la gravité de l'acte criminel commis sera fusillé."

La mémoire collective a conservé le souvenir du 23 Octobre 1941 qui marquait une nette progression dans l'offre, la répression et la Résistance :

"Au crépuscule du 21 Octobre 1941, un jour après le crime qui vient d'être commis à Nantes, de lâches assassins à la solde de l'Angleterre et de Moscou ont tué, à coups de feu tirés traîtreusement, un officier de l'Administration militaire allemande à Bordeaux.
Les assassins ont réussi à prendre la fuite. Les meurtriers de Nantes non plus ne sont pas encore entre mes mains.
Comme première mesure de représailles du nouveau crime j'ai ordonné une fois de plus de fusiller cinquante otages.
Si les meurtriers ne seraient pas saisis d'ici le 26 Octobre 1941 à minuit, 50 autres otages seront exécutés.
J'offre une récompense d'une somme totale de :
15 millions de francs
aux habitants de la France qui contribueront à découvrir les coupables.
Toute informations utiles pourront être déposées à n'importe quel service de police allemande ou française. Sur demande ces informations seront gardées confidentielles."

A Chateaubriand on fusillait sans plus attendre.

Cependant la propagande se faisait douceâtre pour tenter de calmer les révoltes et les désespoirs. C'était sur les murs un "appel aux femmes françaises" :

"VOUS, avez su écouter et comprendre le pathétique appel que le Président Laval a lancé aux Français le 21 juin dernier.

VOUS, qui avez le grand bonheur de conserver près de vous vos fils, vos maris, vos fiancés, employés dans les usines.

VOUS, saurez mieux que quiconque comprendre l'impérieuse nécessité de conseiller à ces mêmes fils, à ces mêmes maris, à ces mêmes fiancés que l'HEURE DE LA RELEVE A SONNE. Que d'autres mères, d'autres femmes, d'autres fiancés vous sauront un gré infini de leur avoir rendu le cher absent qu'elles attendent depuis deux ans.
Acceptez cette séparation momentanée.

VOUS, apporterez du bonheur dans une famille et vous assurerez le bien-être pour la vôtre."

On feignait AUSSI de s'interroger pour savoir : "Qui a jeté la première bombe sur la population civile ?
"Des enfants, des églises et des hôpitaux tels sont depuis le 12 janvier 1940, les objectifs des bombardements britanniques ! "

LIBERATION ET LIBERTE

Le paradoxe était que ces campagnes d'affichage provoquaient les conséquences qu'elles étaient censées apaiser : la colère, l'opposition, la révolte avec la découverte de l'identité patriotique. Et c'était enfin la Libération - l'extraordinaire explosion de joie lors de l'arrivée des alliés et de la 2e DB à Paris - que l'affiche de Phili - conçue et réalisée dès 1942- traduisait parfaitement. La France républicaine soulevait le couvercle qui l'oppressait.

On peut dire qu'à partir de cette époque les idées ont envahi le monde de l'affiche et fait éclater les carapaces. Des continents entiers se sont  libérés peu à peu de la gangue (et des gangs) qui les paralysaient.

Depuis la guerre d'Espagne "l'antifasciste" n'a pas cessé de faire des progrès. Chacun de nous est concerné par l'immense mouvement de "libération" et "d'ouverture". Même si notre planète sur les 187 Etats qui la constituent ne compte qu'une quarantaine de (semi) démocratie, l'élan est donné.

Nous savons aujourd'hui que le "poing levé" peut être aussi dangereux que "la Croix gammée" pour la liberté. Le printemps de Prague, comme celui de Pékin en témoigne, à jamais, pour l'Histoire. Et entre le Shah d'Iran et Komeiny, la pari du pire reste ouvert. Les affiches s'opposent sans se répondre.

Et depuis la guerre du Vietnam, l'Indochine et Pot Pot, qui peut savoir où se situe la vérité des peuples et la justification de la révolte -l'authenticité de son Cri, quand les grandes puissances et les partis politiques se mêlent au jeu ! Une campagne d'affiches n'est pas une preuve de bonne foi !

 

SOUS LES PAVES : LA PLAGE

L'enthousiasme de Mai 68 a essaimé à travers le monde entier -au USA en 1970 et a même gagné cette année les campus de Pékin- mais provoquant la terrible réaction des politiques. Et les dernières affiches des événements chinois nous manqueront longtemps pour mieux comprendre et pour témoigner, car les plus terribles images de l'audiovisuel ne remplaceront pas l'empreinte digitale d'une révolte, que représente le rectangle de papier, qu'on appelle affiche.

Il n'est que de considérer les trésors de l'imaginaire collectif d'une génération, qui apparaissent sur les tracts de mai 68, pour apprécier ce que représente de force, de résolution, de réflexion, d'espoir cette révolte juvénile de ceux qui croyaient trouver "la plage sous les pavés".

Certes, ils étaient en avance, par rapport à cette société de loisirs qui s'annonce, mais prémonitoires et inspirateurs des révoltes futures, voilà la certitude que l'on puise, en analysant les affiches de cette vague révoltée, contre l'indifférence d'une société, qui ne s'était même pas aperçu qu'elle avait, dans ses écoles, plus d'enfants qu'elle ne pouvait en accueillir ! Les gérontes se trahissaient dans leurs intentions même. Et on peut avoir la conviction, que le pollen de ces idéaux,  fera le miel de demain.

Si l'on devait, d'un terme, qualifier la dynamique de l'affiche des révoltes, de ces vingt dernières années, on pourrait dire que l'antiracisme (celui de l'Apartheid et des immigrés) proclame les valeurs et caractérise la lutte humaniste et politique, en France, et dans le monde -c'est-à-dire en réalité le nouveau Statut de l'Homme qui s'annonce.

UNE CIVILISATION PLANETAIRE

La situation des plus misérables d'entre nous -les esclaves d'hier ne fait que concentrer l'attention sur les nouvelles vérités humaines qui s'élaborent, avec l'évolution des technologies et les mutations du contrat social.

Lutte contre le nucléaire, la pollution, défense de la liberté de choix des femmes, mobilisation contre la faim, le massacre des enfants ou contre le Sida, même combat ! Et les affiches nous disent que de grands événements se préparent et que les mentalités "se mettent à l'heure" des nouvelles structures des sociétés qui naissent. La révolte au quotidien -celle de la liberté des consciences comme de la lutte contre les expulsions des pauvres- est l'indice du trouble profond, du malaise implicite et généralisé, que nous vivons.

C'est la fin du monde fini qui commence, prophétisait Paul Valéry. Nous y sommes. Les Droits de l'Homme sont désormais à l'ordre du jour de l'humanité toute entière. La révolution de l'information, de l'informatique, de la cybernétique économique, met "à l'affiche" l'avènement d'une civilisation planétaire que nous espérons de tous  nos vœux.

On ne peut qu'être impressionné par le fait que semble s'établir à travers le monde une véritable "unité" d'expression de l'affiche, qui tout en conservant l'identité culturelle de son créateur cherche à être immédiatement comprise par l'évidence de son "message-logo", sa composition, la puissance de sa forme graphique, au delà de l'obstacle des langues.

Cette affiche qui naît tous les jours de la dimension culturelle planétaire enregistre la grande série des incitations des mentalités, des mœurs qui s'opèrent dans les codes de vision et dont elle est le teste au niveau du vécu.

                                                                                                       André PARINAUD
Président de l'Académie Nationale des Arts de la Rue
Président du Jury du Grand Prix de l'Affiche Française  et du Salon International de l'Affiche
Mai 1989