V.V. Stanciu / André Parinaud
« La société actuelle pousse au crime »

(Paru dans Arts n° 912, 17 avril 1963)

Maître V.V. Stanciu  avocat à la Cour d'Appel de Paris, secrétaire général de la Société internationale de Prophylaxie criminelle et rédacteur en chef des Études internationales de Psychosociologie et de Criminologie. Auteur d'un Précis de criminologie publié en collaboration avec Laignel-Lavastine, membre de l'Académie de Médecine (édité chez Payot).
V.V. Stanciu venait d'adresser une communication à l'Académie des Sciences morales et politiques sur la criminologie à Paris.

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André Parinaud (A.P.) : Quel diagnostic portez-vous sur notre société ?

V.V. Stanciu (V.V.S.) : Il s'agit d'une civilisation de masse. En outre, l'esprit compétitif caractérise notre civilisation.
La production actuelle, grâce à l'essor technique, n'a pas de limites. Le perfectionnement continuel des machines et les grands capitaux investis ne permettent aucun ralentissement.
La production exige une vaste et savante organisation de la vente, parce qu'il faut que les produits s'écoulent et arrivent entre les mains des consommateurs. D'où cette publicité, poussée jusqu'à la débauche, dont le rôle est de recruter des consommateurs pour l'industrie, par la création de besoins nouveaux. Aux États-Unis, il y a ce qu'on appelle la publicité d'investissement à laquelle sont attelés des psychologues qui essaient de déceler le côté faible de la population, quelles sont ses tendances, quels sont ses goûts et de pouvoir en conséquence guider la production.
Mais parfois l'opération est inversée, c'est-à-dire que ce n'est pas la production qui s'adapte au public, c'est le public qui doit être adopté à la production commandée.
On arrive ainsi à acheter pour ses besoins, à acheter au-delà de ses besoins, à acheter contre ses besoins et à acheter contre son désir, à acheter même des articles nuisibles.
Non seulement aux États-Unis, mais même à Paris, c'est aux dépens de la santé physique et mentale du client que se fait la vente massive des stimulants le matin et des tranquillisants le soir.

A.P. : Quels sont les effets psychologiques de l'industrie à grande échelle ?

V.V.S. : Le rythme accéléré des machines a imposé le même rythme aux hommes. La machine ne pouvant ralentir son rythme, l'homme - conditionné par elle - ne peut non plus ralentir son travail. Entre le chômage et le travail excessif qui surmène et qui équivaut au suicide, le juste milieu nous est interdit. C'est un véritable encadrement de l'homme dans la légion des machines. Et ce n'est pas l'homme qui peut humaniser la machine, mais plutôt la machine qui mécanise l'homme, à telle enseigne que lorsque des ouvriers subissent la désinsertion des cadres industriels, ils deviennent souvent des antisociaux dans nos sociétés libérales parce que leur équipement psychique, bon pour la vie encadrée, est insuffisant pour faire face aux exigences du milieu social si complexe.
La production mécanique accélère non seulement la création des biens mais le changement des comportements par la transformation des relations individuelles, d'une manière tellement rapide que l'individu, ayant moins de souplesse d'adaptation, se sent dépaysé dans sa propre ville natale. Ainsi, on peut considérer l'implantation industrielle comme une sorte d'immigration dans le temps.
Mais voici que le pouvoir d'achat suit d'un pas boiteux la production des biens. Du décalage de ces deux rythmes résulte un sentiment de frustration puisque l'homme ne peut pas satisfaire ses besoins multipliés par la publicité industrielle.
Vous direz : mais c'est un faux sentiment de frustration puisque le citoyen possède tout ce qui peut satisfaire ses besoins rationnels. C'est vrai, mais remarquez qu'un faux sentiment de frustration a les mêmes effets que ceux d'un véritable ressentiment qui résulte, non pas du rapport qu'il y a entre les besoins légitimes et ce qu'on peut obtenir, mais du rapport qu'il y a entre son propre standing de vie et les possibilités du groupe social. Le sentiment d'égalité est hélas ! plus fort et plus répandu que celui de justice.

A.P. : Dans sa structure même, la société vous paraît déjà source de conflit, de déséquilibre pour l'homme ?

V.V.S. : Je dénonce ici le décalage des deux rythmes : production et pouvoir d'achat. C'est presque une fatalité sociale. Bien entendu, je dépasserais mon rôle et ma compétence si je voulais aviser aux remèdes !
Enfin, une conséquence très importante de l'explosion démographique déterminée par la grande industrie est l'avènement de la masse qui est, aujourd'hui, sur la scène de l'Histoire, l'acteur principal, la vedette qui, dans le passé, était simple « figurant ».

A.P. : Quelles sont les caractéristiques de cette civilisation de masse ?

V.V.S. : Dans la société agricole, les membres de cette société ont un nom, ont une âme, On y trouve un esprit apollinien serein et équilibré, la stabilité et une certaine sécurité. Tout le monde se connaît, il y a donc une sorte de contrôle collectif exercé par la société agricole. La société industrielle, elle, est anonyme, hétérogène, dure et indifférente. L'esprit dynamique frénétique crée le climat moral d'insécurité, d'angoisse. Nulle part l'homme ne peut se cacher, comme dans une forêt, que dans une grande ville comme Paris. Il peut donc renoncer aux inhibitions et laisser libre cours à ses instincts.

A.P. : Vous assimilez la masse à la forêt ?

V.V.S. : On sait très bien que, quand un malfaiteur est traqué par la police, il se cache à Paris et il a des chances de rester longtemps inconnu.
Ce climat d'indifférence peut être criminogène. L'indifférence, d'après moi, est plus antisociale que la haine. En effet, dans la haine, celui qui a du sentiment garde des rapports avec le groupe social et l'homme qui est l'objet de sa haine, tandis que, dans l'indifférence, l'homme supprime tout, il est seul dans l’univers. Pour vous montrer que cette indifférence est criminogène, je vous rappellerai qu'il y a peu la presse nous a fait connaître un cas tout à fait sensationnel, à savoir que, dans un grand immeuble, on a découvert le squelette d'une femme âgée dont la mort remontait à plus d'un an et demi ! Aucun voisin n'avait exprimé d’étonnement de ne pas avoir vu cette femme qui, tous les jours, d'habitude, sortait et rentrait dans son appartement.
Si les voisins d'un appartement, où un enfant est malmené par ses parents, au lieu de dire : « Ce n'est pas mon affaire. Oui, j'entends des cris : “Au secours !” ; il y a un enfant qui est maltraité ; il peut être tué, mais ce n’est pas mon affaire », intervenaient et alertaient la police, dans beaucoup de cas ils sauveraient une vie, Les complices et même l'auteur moral d'un suicide ne sont pas punis puisque le suicide, dans notre code, ne constitue pas un crime. Il est vrai que le refus du secours à personne en danger constitue un délit, mais il est légèrement puni. C'est une greffe solidariste sur le tronc d'un code pénal individualiste. La criminalité par omission est très répandue et souvent impunissable.
À ce même chapitre « agglomération », il faut dénoncer, non seulement les inconvénients de la densité de la population, ce qui est connu depuis longtemps (1), mais les graves inconvénients de la densité dans les logements, ce qui est moins connu. Je crois que l'entassement dans le logement est un des facteurs criminogènes les plus importants. Les taux les plus élevés de la criminalité des adultes correspondent à l'entassement dans les hôtels meublés, et la plus forte délinquance des mineurs est due à la promiscuité des H.B.M.
Voici par exemple des îlots où le logement est décent : le taux de délinquance est de 1 ou de 0 et, pas loin, l'îlot 4999 a un taux de 24 pour 1.000 habitants.
il y a, à Paris, environ 400.000 personnes qui sont logées dans les hôtels, surtout depuis la dernière guerre. Il ne faut pas avoir beaucoup d'imagination pour se rendre compte que ces hommes, qui ne peuvent pas se reposer, qui se gênent réciproquement dans cette pièce où il est impossible, malgré les efforts de la ménagère, d'avoir de la propreté, où la pudeur est interdite - ce qui explique le grand nombre d'incestes - n'ont d'autres évasions que le bistrot, le seul endroit où l'homme pauvre peut trouver de la chaleur, de la lumière, un accueil plus agréable que chez lui. Voilà pourquoi le bistrot, ce club des pauvres, n'est que l'aboutissement de plusieurs facteurs criminogènes.

A.P. : Pensez-vous que la proportion des gens qui souffrent des structures sociales, c'est-à-dire indifférence des masses et cohabitation trop dense dans un minimum de surface, soit plus importante qu'il y a un siècle ? Croyez-vous que la densité criminelle ait augmenté par rapport à il y a un siècle. Et ce, malgré le progrès, malgré l'évolution générale ?

V.V.S. : Certainement ! Chaque année, il y a environ 80.000 ouvriers qui quittent leur village pour travailler à Paris, et je me suis amusé à comparer le taudis décrit par Balzac et par Victor Hugo avec le taudis actuel ; tandis que, dans le taudis des Thénardier, Hugo nous parle de quatre personnes, les parents et les deux filles, j’ai vu dans le XXe arrondissement un entassement de sept, huit et neuf personnes dans une petite pièce.
Cependant, le taux de criminalité est constant, stable, depuis plus de cent ans, sauf une baisse pendant la guerre et une recrudescence après la guerre. Mais, en ligne générale, il oscille entre 4 et 5 infractions sur 1.000 habitants. Mais il faut se méfier de crier victoire parce que, s'il y a les crimes punis qui retentissent dans les statistiques, il y a les infractions qui n'ont pas été punies.
Je pense, non pas aux délinquants qui sont acquittés parce que la preuve de la culpabilité n'a pas été faite, donc pour inexistence du fait, mais à un grand nombre de délits qui échappent à la condamnation, parce que le fait antisocial qui s'est produit, et qui est prouvé, ne réunit pas les éléments requis par le Code pénal. Il y a la vision du juriste selon lequel le crime est l'infraction punie par une loi pénale et la vision du criminologue selon lequel le crime est un acte dangereux pour le groupe social.

 

  1. Voir page 248 – note de livre

Étant donné l'intelligence et le raffinement de l'homme moderne, il a la possibilité de commettre des actes criminels qui restent impunis de manière plus facile que pour les hommes d'il y a un siècle.
Ainsi, il y a le vol, l'escroquerie, l'abus de confiance, qui sont souvent sanctionnés, mais il y a des formes savantes qui permettent à l'homme malhonnête de voler quelqu'un sans aucun risque quant aux sanctions pénales. Au point de vue malhonnêteté et au point de vue méchanceté, il y a plusieurs moyens indirects pour faire le mal au prochain et peut-être même pour le tuer à longue échéance, et qui ne sont pas punis.
Je constate aussi, qu'en général, lorsque l'infraction est de très grande envergure, elle ne peut pas être punie.
Si quelqu'un soustrait une chose de valeur, même de petite valeur, il est sanctionné comme voleur, mais s'il fait une escroquerie de très grande envergure, il s'appelle « homme d'affaires » et quelquefois l'affaire échappe au Code pénal parce qu'elle ne réunit pas les éléments constitutifs... Si on tue un homme, c'est un meurtre : si on tue des centaines de milliers d'hommes, c'est de la politique...

A.P. : Pensez-vous que la lutte contre le crime s'inscrit parmi les éléments dynamiques du progrès social ?

V.V.S. : Je crois que nous sommes à un carrefour, à un moment de transition, et que la société - je parle surtout de la société française - a compris que la répression ne suffisait pas et qu'il fallait prévenir le crime. Le fléau criminel est un problème de sensibilité ; ce peut être par exemple un manque d'angoisse, car l’angoisse, si elle est malheureuse pour l'individu, peut être heureuse pour la collectivité. Ceux qui tuent les gens dans les accidents d'automobile sont des individus dangereux justement parce qu’ils n'éprouvent aucune angoisse. Si l'on savait exploiter cette sensibilité, on pourrait, non pas prévenir toute la criminalité parce que le phénomène criminel est inévitable, mais réduire le nombre des crimes, ou les rendre moins dangereux en les sublimant.
La civilisation de masse est constamment insouciante. Elle attend la catastrophe de l'homme. Son intervention étant tardive est souvent inefficace bien que coûteuse. La société n'aide pas l'homme qui est pauvre, l’homme qui est malheureux, l'homme qui donne des signes prémonitoires d'une déchéance prochaine. Personne ne s'occupe de l'aider à temps, mais, dès qu'il a sombré ou dans la folie ou dans le crime, alors il se crée une émotion collective, une mobilisation de toutes les forces, de toutes les compétences ; des hommes en blouse noire ou en blouse blanche, selon la couleur du malheur, se penchent sur lui ; on dépense beaucoup d'argent, beaucoup de dévouement, beaucoup de compétence, mais ces dépenses sont souvent inutiles parce que tardives.
L'on ne peut réaliser une œuvre de prévention que sur le plan collectif.
J'en viens au dernier trait caractéristique de la société industrielle : l'esprit compétitif, l'esprit de concurrence.
Dans notre société, les rapports entre les individus sont des rapports de contradiction. Le bonheur de l'un est construit sur le malheur d'un autre. Propriétaire-locataire, vendeur-acheteur, patron-ouvrier, contrariété d'intérêts...
Je vois ce rapport comme les deux plateaux d'une balance : l'un monte, l'autre descend...
Dans les pays nordiques par exemple, il y a des rapports de coopération. Chez nous, c'est la formule « toi ou moi » ; là, c'est la formule « toi et moi ».

A.P. : Vous voulez dire que, dans son essence même, la société industrielle occidentale invente naturellement l'antagonisme ?

V.V.S. : Elle engendre une morale de gladiateurs. Le capitalisme est obligé d'être dur, égoïste et méchant. Si le grand capitaliste, le grand chef d'entreprise, était un philanthrope, un homme sensible, ayant pitié des malheureux, il ferait faillite.

A.P. : Donc, pour un criminologue, cette société est condamnée dans son essence ?

V.V.S. : Le problème est délicat. Certains économistes et sociologues, admirables diagnosticiens quant à la maladie dont souffre l'humanité, c'est-à-dire le capitalisme, lorsqu'ils ont présenté la thérapeutique, nous préconisant des remèdes qui se sont avérés ailleurs pires et plus dangereux que la maladie elle-même.
Voilà pourquoi je ne condamne pas, je dénonce seulement une pathologie sociale. C'est aux hommes politiques de trouver des remèdes.

A.P. : Pensez-vous que, malgré ses contradictions, le capitalisme ait des ressources suffisantes pour trouver les remèdes de sa maladie ? Pour surmonter les conflits engendrés par son dynamisme ? Car, si je vous suis bien, l'antagonisme est nécessaire à la durée du capitalisme ?

V.V.S. : Toute la question est de savoir si cet antagonisme est de la nature ou de l'essence du capitalisme...

A.P. : C'est le fond du problème.

V.V.S. : Je crois, pour dire tout à fait  ma pensée et pour manquer volontairement de prudence, qu'entre le capitalisme et le communisme, on est obligé d'envisager une civilisation de synthèse qui aurait la base économique, l'infrastructure socialiste et les institutions qui assurent la liberté et la justice et constituent la gloire de la société occidentale et la seule excuse du capitalisme.

A.P. : Pour le penseur de l'homme non criminel que vous êtes, est-il nécessaire qu'il existât une société à base socialiste et à dynamisme capitaliste ?

V.V.S. : Oui, je le crois. Je crois, comme condition « sine qua non », que les inégalités économiques doivent, sinon disparaître, ce qui, pour le moment, ne sera pas possible et ce qui n'est pas désirable pour tout le monde - le philosophe antique ayant remarqué que c'est une injustice de traiter de manière égale des êtres inégaux - du moins cesser d'être provocantes.
Le point de départ est cette modification de l'infrastructure : suppression des germes de l'antagonisme dans les structures. Les religions n'ont pas réussi depuis des milliers d’années à changer l'homme. Il y a bien des siècles avant Jésus, Confucius est venu avec la même formule : « Aime ton prochain comme toi-même » et, depuis, l'homme n'est pas plus honnête ni meilleur que le contemporain de Confucius. Au moins, c'est ma conviction.
Pourquoi cette faillite de la religion et aussi celle de la morale laïque ? C'est parce qu'il est impossible et impensable de mettre en pratique les préceptes de la morale dans une société qui est basée sur la concurrence. Comment voulez-vous qu'on aime le prochain qui nous « embête », qui ne nous laisse pas dormir, qui nous insulte, qui nous exploite, qui nous guette, attendant notre mort pour entrer dans notre logement et pour s'installer dans notre bonheur ? À notre époque, on n'aime pas le prochain mais le « lointain ». On s'apitoie sur les victimes d'un tremblement de terre au Japon. L'homme qui est loin devient un être abstrait qui ne peut pas nous gêner. La réduction de l'homme concret en chair et en os à la notion abstraite d'homme est une manière de tuer le prochain. C'est l'idée de Miguel de Unamuno.
Il y a une propédeutique indispensable à l'œuvre de la morale et de la religion : c'est la transformation des institutions.

A.P. : Cette transformation de la structure sociale pour une sorte de suppression des antagonismes virulents peut également être dangereuse, car la fraternité absolue, l'égalité absolue, sont aussi une source d'antagonisme non moins virulente. Comment trouver un mariage entre l'égalité dans la répartition des biens qui supprimerait l'antagonisme et le maintien d'un dynamisme de liberté qui permettrait à toutes les différences de s'affirmer ?

V.V.S. : Le problème est difficile. Il est vrai que, dans ces civilisations nordiques, où l'on trouve l'esprit de solidarité, où l'individu a le sentiment social, où l'organisation est presque parfaite (je parle de la Finlande, de la Norvège et de la Suède), il existe une criminalité. Si l'homme est moins criminel en général que dans notre civilisation, s'il ne tue pas autant, il se tue plus souvent. On a constaté en effet, depuis longtemps, que le rapport suicide-meurtre est inversement proportionnel. Pourquoi se tue-t-il ? Peut-être parce que la société est trop bien organisée, parce qu'elle est monotone, parce qu'il s'ennuie trop puisque le manque d'obstacles crée la lassitude.

A.P. : Pour refuser de tuer les autres...

V.V.S. : Oui, par scrupule…

A.P. : Les hommes peuvent-ils ne pas être antagonistes ? Est-ce que ce n'est pas la dialectique même de la nature humaine que de s'opposer ? C'est la question que je pose en conclusion à un criminologue. Est-ce qu'il n'est pas intrinsèque à l'homme, non pas pour Caïn de tuer Abel, mais en tout cas de s'opposer à Abel?

V.V.S. : Évidemment, l'homme se crée par les obstacles et les conflits. Il n'est pas désirable de faire disparaître l'agressivité qui, véritable dynamite, peut également avoir une utilisation catastrophique ou sociale, Un homme sans aucune agressivité devient au point de vue psychologique une grenouille. Le tout est de transformer cette agressivité et de la laisser s'exprimer par des formes qui ne soient pas nocives à la société.

A.P. : On en arrive à concevoir un univers peuplé d'artistes, dont les œuvres d'art traduiraient la volonté de puissance...

V.V.S. : Dans mon enquête sur la criminalité à Paris, je n'ai rencontré aucun jeune délinquant qui ait le goût du sport ou des arts ou qui ait une vie intérieure. On amorcerait une solution, un remède..

 

 

  1. Cyril Burt (The Young. Delinquent) a établi la corrélation entre la délinquance et la densité. Les psychopathes montent aussi. En 1950, on a eu 85.659 internements mais, en 1960, le chiffre est de 109.113.