LA DAME À LA LICORNE
Pièce en trois actes de André PARINAUD - 1981

« À André Arnaud dont les travaux m'ont fait rêver à la poursuite de la Licorne. »* (A.P.)

Le texte intégral inédit de cette pièce est déposé à la SACD et disponible pour une adaptation.
On trouvera ci-dessous la trame de la pièce.

LES PERSONNAGES

Antoine de VISTE, la trentaine, Ambassadeur Extraordinaire du Roi de France auprès d’Henri VIII. Maître des requêtes ordinaires auprès de Louis XII. Deviendra Président du Parlement de Paris.
Il est le récitant, l'ambassadeur, le conseiller du Roi, le guide, il incarne l'initié, la lucidité et le plus haut niveau des contradictions humaines.

Marie TUDOR, ou Marie d'Angleterre, sœur du Roi Henri VIII, maîtresse du Duc de Suffolk, Reine de France - 16 ans - la demoiselle, le rêve idéal de la beauté et de la chance. L'être sans péché.

LOUIS XII, Roi de France - 52 ans. Duc d'Orléans, devenu roi à la mort accidentelle de Charles VIII. Ayant épousé en première noce Jeanne, sœur de Charles VII. Roi, il a répudié Jeanne pour épouser Anne de Bretagne, veuve de Charles VIII. Emblème : « Le Porc-épic ». La Reine est morte en janvier 1514. Le Roi représente l'ardente méditation devant l'éphémère et l'absurde des jours. Un moine laïc.

Claude de FRANCE, Duchesse de Bretagne, fille de Louis XII et d’Anne – 15 ans. Emblème : « Le cygne percé d’une flèche ». A épousé François d’Angoulême en mai 1514. L’innocence rouée.

Louise de SAVOIE, a épousé Charles, Comte d’Angoulême, rivale d’Anne dc Bretagne - 40 ans. L’ambition du pouvoir.

François d’ANGOULÊME, Dauphin de France. Le roi n'ayant pas d’héritiers directs. Marié à Claude - 20 ans. Le fol orgueil.

Henri VIII, Roi d’Angleterre – 22 ans. Cupide et jouisseur.

Cardinal Thomas WOLSEY, aumônier et conseiller d’Henri VIII. Machiavélique et joueur.

ACTE I
SCÈNE 1 - Le ludion du temps (Antoine de Viste)
SCÈNE 2 - Le Cardinal (Wolsey - Antoine)
SCÈNE 3 - L'amour fou (Antoine de Viste)
SCÈNE 4 - La jambe (Marie et Antoine)
SCÈNE 5 - Le traité (Henri VIII - Antoine - Wolsey - Marie)
SCÈNE 6 - La Licorne (Marie - Antoine)

ACTE II
SCÈNE 1 - Les comptes avec Dieu (Louis XII - Antoine)
SCÈNE 2 - Le malentendu (Marie - Antoine)
SCÈNE 3 - Le fol désir (François - Marie - Antoine)
SCÈNE 4 - Le pouvoir (Louise de Savoie - François - Marie)
SCÈNE 5 - La Reine Claude (Claude - Antoine - Marie)
SCÈNE 6 - Vive le Roi ! (Louise de Savoie - François - Marie - Antoine)

ACTE III
SCÈNE 1 - Tout n'est pas dit (Claude et Marie)
SCÈNE 2 - Suis-je Roi ? (François et Marie)
SCÈNE 3- Le retournement (Marie et Antoine)
SCÈNE 4 - Adieu Madame (Claude - Marie)
SCÈNE 5 - L'aveu (Antoine de Viste)
SCÈNE 6 - Le Guide (tous)

Avant que ne commence la pièce, le noir règne sur la scène.
Les images fantasmagoriques vont surgir, projetées, brièvement  sur le fond, se chevauchant même parfois, se poursuivant, disparaissant sans transition.
On reconnaîtra les figures des personnages empruntées aux six tapisseries de la Dame à la Licorne. La Licorne dans ses différents états.
Marie d'Angleterre, Claude de France.
Les lions figurant Henri VIII, François 1er, Suffolk, Louise de Savoie.
L'inscription « A mon seul Désir ».
Le petit chien, les singes et les animaux.

Le décor se compose d'une trame figurant à la fois la Licorne formée de cordages tressés et l'épaisseur de la réalité qui constitue la barrière carcérale de notre univers. Cette trame descend des cintres et se poursuit ça et là sur le sol en gros rouleaux.
Au fur et à mesure que la situation évolue, on voit s'éclairer dans des niches, des figures qui symbolisent les personnages qui ont marqué les événements de leur empreinte. Ces niches sont des écrans où se projettent les images. L'ensemble évoque ce que pourrait être le théâtre de Vicenze, mais irrationnel et organique.
Le metteur en scène peut, à partir de cette trame, donner libre cours à son imagination en mouvement pour mieux servir le déroulement de la pièce.

ACTE I – SCÉNE 1
LE LUDION DU TEMPS

Un homme tête nue, un peu hagard, surgit de l'ombre qui efface toute perspective. Son visage et son corps vont lentement s'éclairer. Des traits d’abord figés, comme hallucinés. Il va peu à peu retrouver une expression plus normale mais qui restera pathétique, sous 1'effet d’une intense agitation intérieure.
Il est vêtu comme un gentilhomme du XVIème siècle, pourpoint grenat, haut-de-chausses vert sombre. Il porte une sorte de cape sur laquelle figurent ses armes : « les croissants inversés ».

Antoine de Viste, un instant immobile, tourne lentement la tête à droite et à gauche, et scrute l’ombre. Il porte la main à son front et fait un pas en avant.
Il semble distinguer des visages.
Il doit communiquer, par son attitude, sa voix, ses propos, le sentiment d’être un accusé devant un tribunal.
Les spectateurs devraient ressentir, presque instantanément, quand il parlera, une impression de déphasage et devenir les juges de cette cour invisible dont il mime 1a présence et éprouver ─ sinon retrouver ─ un certain sens du magique et du sacré.
Il lève la main comme pour un appel.
Devant cette scène dans la pénombre, les images mythiques des tapisseries de la Dame à la Licorne seront fougueusement projetées, comme si elles étaient issues de la mémoire du récitant.

ACTE I - SCÈNE 2
LE CARDINAL
La lumière se rallume. Le Cardinal Wolsey apparaît côté cour vêtu de violet, son chapeau cardinalesque dans le dos. Il est assis derrière une table et fait des réussites. De Viste est de dos, au centre de la pièce. Au fur et à mesure que se déroule 1a réussite du Cardinal, les cartes apparaissent en projection dans les niches qui constellent bientôt le décor comme un gigantesque jeu de cartes étalées verticalement.

ACTE I - SCÈNE 3
L’AMOUR FOU
Antoine de Viste apparaît, face au public, dans un halo lumineux.

ACTE I - SCÈNE 4
LA JAMBE
La lumière s’allume aussitôt.
Marie se trouve dans la situation décrite par Antoine de Viste.
On distingue Antoine de Viste de dos.

ACTE I - SCÉNE 5
LE TRAITÉ
La lumière se rallume, éclairant toute la scène.
On entend les trompettes des hérauts qui annoncent la venue royale.
Le Roi Henri VIII, 22 ans, fait son entrée côté jardin. Il est suivi de Marie d’Angleterre. Wolsey est côté cour.
Il s’incline. Antoine de Viste salue très bas.
On voit apparaitre dans les niches les deux lions des tapisseries qui caricaturent le Cardinal et le Roi et, au centre une image triomphante de la Licorne.

ACTE I - SCÈNE 6
LA LICORNE
(La 1umière domine la scène et les projecteurs se concentrent sur le couple de Marie et d’Antoine de Viste).
Des images différentes de Licorne occupent les niches.

FIN DU Ier ACTE
On projette, sur le fond de la scène l’image de la « Dame à la Licorne », tenant l’étendard de
Antoine de Viste d’une main et la corne de la Licorne de l’autre.

ACTE II - SCÈNE 1
LES COMPTES AVEC DIEU

On distingue, dans l’ombre, un grand lit à baldaquin où une ombre est étendue. La scène est dans la pénombre.
Un homme est immobile, debout, au pied du lit.
Dans les niches, les lions caricaturent Wolsey et Henri VIII et la Licorne.

ACTE II - SCÈNE 2
LE MALENTENDU
(Marie et Antoine de Viste face à face, hors de la chambre du Roi.
L’ombre est autour d’eux.
Au centre, dans une grande niche, l’image de la Licorne tenant l’étendard de Antoine de Viste ; les images de Wolsey et de Henri VIII.)

ACTE II – SCÈNE III
LE FOL AMOUR
Sur le décor, sont projetées les images du lion Wolsey et Henri.
Au centre, un lion figure François et une Licorne.
La lumière s'allume.
Entre François d'Angoulême.
La Reine Marie et Antoine de Viste se font face. 

ACTE II -SCÈNE 4
LE POUVOIR

Louise de Savoie fait son entrée. Derrière elle, Antoine de Viste immobile.
Sur le décor est projeté le lion de Wolsey, d'Henry VIII, de François 1er et une Licorne apeurée.
Un lion immense figure Louise de Savoie

ACTE II – SCÈNE 5
LA REINE CLAUDE
Dans les niches, Louise de Savoie, François 1er, Wolsey et Henri, ont disparu.
On peut voir l'image de Claude avec la Licorne à ses côtés.
(Antoine de Viste entre subrepticement dans la chambre de Marie.
On distingue à droite un grand lit à baldaquin. Une bougie est allumée au chevet sur une table de nuit. Une jeune femme est assise dans le lit, de Antoine de Viste ne peut distinguer ses traits. Il s'approche silencieusement et s'arrête derrière le lit. (La chandelle éclaire son visage.)

ACTE II – SCÈNE 6
VIVE LE ROI
Dans les niches du décor, on peut voir Wolsey, Henri, Louise de Savoie, François, Claude de France.
Une Licorne, seule, au centre.
Entre Louise de Savoie. Elle se dresse et malgré son ton grave, une satisfaction profonde s'affirme dans ses paroles.

FIN DU IIe ACTE

IIIe ACTE - SCÈNE 1
TOUT N'EST PAS DIT
Dans les niches : Wolsey - Henri - Louise de Savoie - François 1er.
Au centre : Marie remettant ses bijoux dans le coffre tenu par Claude.

ACTE III - SCÈNE 2
SUIS-JE ROI ?
Dans la niche, le lion figure François furieux.
En haut : Wolsey et Henri.
Une licorne triomphante.

ACTE III - SCÈNE 3
LE RETOURNEMENT
Dans la niche centrale, projection de la présentation du « Goût ».
Les images de Wolsey, Henri, dans la niche.
Entre Antoine de VISTE qui, lentement, s'approche de Marie. Elle regarde vers la porte d'où François a disparu. Marie se retourne vivement.

ACTE III - SCÈNE 4
ADIEU MADAME
Dans la niche, Marie représentée dans la tapisserie de l'odorat, enlève les œillets, symboles de la couronne de France.
Entre Claude avec lenteur et se déhanchant

ACTE III - SCÈNE 5
L'AVEU
La lumière se rallume presque aussitôt. Le visage d'Antoine de Viste apparaît comme au premier acte, tête nue. Il porte une cape. On distingue mal le bas de son corps. Il s'adresse à ses juges. Aucun décor.

ACTE III – SCÈNE 6
LE GUIDE
Le décor a disparu. Un mur blanc constitue le fond de la scène, sur lequel quatre tapisseries de la Dame à la Licorne sont disposées : « le Toucher », « l’Ouïe », « À mon seul Désir », et « le Goût » (elles sont représentées par des reproductions).
Des couples font leur entrée, vêtus de façon moderne. Tous 1es personnages de la pièce se retrouvent.
Le Cardinal Wolsey est habillé en clergyman. Henri VIII en bourgeois, accompagné de Claude qui a cessé de boiter. Louis XII est accompagné par Louise de Savoie. Marie et François forment un couple d'amoureux.
Ce sont les visiteurs du musée. En les voyant entrer, Antoine de Viste se lève d'un fauteuil que l'on voyait de dos et prend sa casquette de gardien.

 

* Arnaud (André), dans Galerie des Arts n° 209, octobre 1981, numéro spécial « Magie de la tapisserie ». Mary Tudor – Suffolk, troisième épouse de Louis XII et sœur de Henry VIII, qui fut reine de France d'août 1514 au 1er janvier 1515, est-elle la mystérieuse Dame ?