Brigitte Bardot / André Parinaud

« Je n’ai pas de secret, ni de recette
 Je prends la vie comme elle vient. J’adore être une fille excitante. »
(Paru dans Arts, n° 661, 12-18 mars 1958)

 

B.B. est la seule vedette de cinéma que l’on désigne en France par ses initiales. Elle ne doute d’ailleurs pas de sa « valeur ». « A mon avis, dit-elle, pour réussir au cinéma, il faut avant tout avoir de la personnalité ». Brigitte est le quatrième personnage de notre enquête sur « Les J3 conquérants » (F. Sagan, B. Buffet, R. Vadim…). Cette enquête qui a vivement intéressé nos lecteurs, a d’ailleurs été reprise dans la presse française, sous des formes diverses.
B.B. est à l’écran aussi célèbre que Vadim derrière sa caméra, que Buffet devant sa toile ou que Françoise Sagan en littérature. Sa popularité est immense. Son cas soulève des discussions passionnées.
Nous avons voulu considérer le problème nettement, et pour mieux savoir qui se reconnaît dans Brigitte Bardot, il nous a semblé utile de savoir qui était cette jeune et charmante personne, comment elle réagissait devant son succès. Et à travers le phénomène Bardot, c’est « la chance » d’une génération, que l’on peut juger.
Après la peinture, le cinéma, la littérature, nous aborderons la semaine prochaine la musique avec Michel Legrand.

                                                          Brigitte Bardot est née de l’immoralité d’une époque

André Parinaud : Quels sont les rôles de cinéma que vous avez interprétés et qui vous plaisent le plus ?

Brigitte Bardot : « Dieu créa la femme » et « En cas de malheur ». J’aime être à l’écran une fille excitante.

A.P. : Quels sont les rôles que aimeriez  interpréter au cinéma ?

B.B. :Temple dans « Sanctuaire » de Faulkner.

A.P. : Quels sont les films qui, si l’on peut dire, composent votre culture cinématographique ?

B.B. : Trois me paraissent essentiels : « La chevauchée fantastique », « La kermesse héroïque » et « Les visiteurs du soir ».

A.P. : Quelles sont les actrices que vous admirez ?

B.B. : Dans l’ordre : Marylin Monroe, Jeanne Moreau et Sophia Loren.

A.P. :Souhaiteriez vous jouer au théâtre et quels rôles ?

B.B. : Oui, une pièce d’Arthur Miller

A.P. : Quelles qualités demandez vous à un acteur « homme de cinéma »

De rester un homme.

A.P. : Quelles qualités demandez vous à un homme, mais dans la vie ?

B.B. : De ne jamais jouer la comédie.

A.P. : Les cinq vertus que vous admirez chez Un homme ?

B.B. : Le courage, l’intelligence, la bonté, la droiture, après je m’accommode du reste.j’ajouterai aussi que JamesDean est pour moi l’incarnation idéale de la beauté masculine à notre époque.

A.P. : Quels sont les défauts que vous supportez chez un homme ?

B.B. : Tous si j’aime cet homme. Aucun s’il m’est indifférent.

A.P. : Quelles sont les cinq premières qualités  chez une femme ?

B.B. : Vous allez être surpris : la bonté, le charme, la beauté, une femme n’a pas s’autres qualités.

A.P. : Quels sont les défauts contre lesquels une femme doit lutter ?

B.B. : La jalousie. Le reste est supportable pour un homme, mais je préfère la compagnie d3s hommes, pour une raison primordiale : je déteste les défauts féminins .

A.P. : Quels sont vos personnages Roma es quels favoris ?

B.B. : Tristan et Iseult.

A.P. :Vous sentez-vous prisonnière de votre personnage au cinéma ?

B.B. : Oh non !Je prends la vie comme elle vient.

A.P. : Souhaitez vous interpréter d’autres rôles au cinéma ?

B.B. : Et comment ! J’ai d’ailleurs évolué physiquement d’une manière assez flagrante.

A.P. : Y-a-t-il un rapport entre votre personnage de cinéma et. Outre personnage dans la vie ?

B.B. : Oui parce que je n’ai pas de secret ni de recette d’aucune sorte et que je suis comme je suis.

A.P. : Quelles sont vos qualités et vos défauts

B.B. : Il me semble que je les ai tous.

A.P. : Croyez-vous avoir réussi votre vie en tant qu’actrice de cinéma ?

B.B. : Parfaitement

A.P. : Abandonneriez-vous ce métier par amour ?

B.B. : Oui alors !

A.P. : Si vous étiez libre de choisir une carrière que décideriez-vous aujourd’hui ?

B.B. : Je recommencerais

A.P. : Quel est votre public ?

B.B. : Eux qui m’aiment.

A.P. : Comment vous jugez-vous vous-même au cinéma  ?

B.B. : Sévèrement. Si je ne la connaissais pas, je penserais que B.B. A beaucoup  à apprendre et je ne crois pas que je la considérerais comme une très bonne actrice encore.

A.P. : Votre métier vous rend-il heureuse et, dans la vie, avez-vous trouvé l’équilibre entre ce que vous souhaitez et ce que vous avez ?

B.B. : Mais oui je suis très heureuse.

A.P. : Quel est votre plus beau souvenir ?

B.B. : Je n’ai que de très beaux souvenirs qui n’intéressent que moi.

A.P. : Que pensez-vous de l’éducation que vous avez reçue ?

B.B. : Elle a été très complète.

A.P. : Quels sont les points faibles de votre culture, points faibles que vous aimeriez combler par curiosité naturelle ?

B.B. : J’aime apprendre ce que je ne connais pas et j’ai beaucoup de po8nts faibles. Ni dans mon enfance ni plus tard, je n’ai pressenti qu’un jour je pourrais être. Une vedette. J’étais une enfant timide et affamée. J’étais pas bien jolie.

A.P. : Croyez-vous avoir réussi votre vie ?

B.B. : Ma vie commence. Accordez-moi cinquante ans encore avant de vous répondre.

A.P. : Avez-vous d’autres aspirations que celles de votre métier ?

B.B. : Je voulais être danseuse. J’y pense toujours.

A.P. : Affichez-vous dans la vie l’amoralité de votre personnage a l’écran ?

B.B. : Oui.

A.P. : Croyez-vous à un code de valeur morale et lequel ?

B.B. : A la sincérité. Je hais l’hypocrisie et je préfère aimer a être aimée.

A.P. : Avez-vous le sentiment d’incarner, pour une certaine jeunesse, une évolution morale et intellectuelle ?

B.B. : Je dois ressembler à l’ensemble de la génération et c’est pour cela qu’on a  dû m’adopter si gentiment.

A.P. : Avez-vous peur de la mort ? Y songez vous quelquefois ?

B.B. : Oui, j’ai peur et j’évite de regarder cette éventualité si probable « en face ».

A.P. : Imaginez-vous que vous allez vieillir ? Comment vous voyez-vous dans 30 ans ?

B.B. : Je me vois avec des tas de petits enfants.

A.P. : La vie de famille vous tente-t-elle ? Aimez vous les enfants ?

B.B. : Oui, mais pas avant une trentaine d’années.

A.P. : Quelle éducation voudriez vous donner à vos enfants ?

B.B. : La même que celle que j’ai reçue.

A.P. : Comment, en 1958, doivent s’établir les rapports de l’homme et la femme ?

B.B. : La plus grande preuve d’amour c’est d’aimer sans histoire et sans hypocrisie.